PETRICHOR, 2016-2017

Collaboration avec l'anthropologue Germain Meulemans

Installation, HD vidéo,
HDV , Col, 13', Alambic, soil distillations

Entremêlant fiction, recherches de terrain et alchimie, cette enquête se déploie à travers les sols urbains de Paris aux Lilas, de Nogent-sur-Marne à Montreuil, de Montpelier à Aberdeen. Seuls ou accompagnés de chercheurs, d’étudiants ou de jeunes élèves, nous sommes partis sur les traces du pétrichor - l’odeur si particulière du sol après la pluie, ouvrant un espace de réflexions et d’échanges sur nos façons de percevoir la ville.


Vue du film, HDV, Col, 13'


Vue de l'exposition, Sols Fictions, Co-commissaire COAL, Chamarande, Fr

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Le personnage de cette fiction sait que le 18e siècle fut le témoin d’une perte, lors des mutations hygiénistes de la ville. Il creuse inlassablement les sols des villes à la recherche d’une odeur à retrouver, et a mis au point une véritable façon d’enquêter. Il a développé un dispositif consacré à l’art ténébreux de l’olfaction du sol, passant notamment par la distillation des échantillons qu’il prélève. Il cherche par-là à vaporiser les huiles qui, d’après-lui, produisent le petrichor, et veut en capturer l’essence. Pourtant, il a beau sonder le sol, distiller la terre pour trouver la substance odoriférante, ses tentatives restent infructueuses.
Même s’il ne trouve pas ce qu’il croyait chercher, il se rapproche du sol au cours de sa quête, et prend conscience du monde de vie qui le compose. Il entrevoit le mouvement auquel nos sociétés sont devenues sourdes depuis que le sol est en béton, la décomposition gérée en décharges, l’eau confinée dans des réseaux hydrauliques sous la ville.
Bien qu’éveillé aux complexités subtiles des sols urbains, il est exténué et découragé de ne jamais trouver l’odeur tant recherchée, et finit par s’en aller. La pluie se met alors à tomber, et l’odeur se réveille.

Ce projet est d’abord une évocation du travail des chimistes du 19e siècle qui s’intéressaient aux boues de Paris (notamment les boues ferrugineuses sous et entre les pavés de la ville[1]) par l’odorat. Il est aussi un hommage aux scientifiques australiens qui découvrirent le petrichor en 1964, et inventèrent ce néologisme issu de petra – la pierre – et ichor – le sang des dieux. Ces scientifiques furent mal compris. On crut que le petrichor était une qualité intrinsèque des choses, et beaucoup de parfumeurs cherchèrent à imiter cette odeur « de terre après la pluie ». Mais le petrichor est autre chose. Il désigne le système complexe par lequel la pluie et le sol interagissent pour produire une odeur. Il ne peut donc émerger que dans la relation entre le sol et le climat, et nous rappelle que cette interaction est présente partout sur terre, bien que l’on cherche à la couper en ville.
Par une mise en fiction, en suggérant le sentir du sol, nous invitons donc à réfléchir au sol à partir de la notion de relation. Evoquer les miasmes et la « transpiration de la terre », c’est envisager les manières par lesquelles les sols nous mettent en danger si l’on ne prend pas soin d’eux. Ainsi, envisager les sols des villes en termes de relations dans lesquelles nous participons, c’est aussi réfléchir aux conditions de nos existences urbaines.


Cette installation fut réalisée dans le cadre d’une résidence transdisciplinaire au sein du Lab des cultures durables, inititiée par COAL et le Domaine départemental de Chamarande autour de la thématique des sols, en 2015 et 2016 avec Yesenia Thibault-Picazo (designer multidisciplinaire), Marine Legrand, Germain Meulemans (anthropologues) et Alan Vergnes (écologue) Marraine: Nathalie Blanc (Ladyss, CNRS)

Extrait de la vidéo ( 13', HDV, Col)

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