Nuuk Island_LOST IN FATHOMS _2014

15 shadowgrammes, HD Video

Nuuk Island from Anais Tondeur on Vimeo.

Catalogue de l'exposition

Sélection à partir des 15 shadowgrammes

Shadowgramme, 15x24cm, Impression pigmentaire sur papier Hahnemuhle

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Né d’un collage cartographique, d’une recherche en laboratoire et sur le terrain, ce projet a pour but d’enquêter sur les causes supposées de la disparition de l’île de Nuuk. Les preuves recueillies au cours de cette enquête sont présentées sous forme d’installations, de projections vidéo et de shadowgrammes qui interrogent notre perception des échelles de temps océanique et géologique ainsi que l’impact de l’homme sur le système terrestre.
L’île de Nuuk1 occupait un territoire de fiction. Elle avait été découverte par hasard, dans un reflet, au milieu du temps. Bien que de taille réduite, l’île était un promontoire. Du haut de son histoire, nous regardions le réel. Nous examinions les grands phénomènes naturels et leur déploiement au fil du temps. L’île était au croisement de différents mouvements, pour certains soudains (un séisme, un glissement de terrain ou encore une vague), d’autres se déployant sur des siècles (les circulations océaniques), d’autres encore si lents que les déplacements associés restaient imperceptibles (la dérive des continents).
Or, quand l’île de Nuuk disparut, il fallut ralentir le temps pour observer les forces en jeu sur l’île, donner la parole aux éléments qui l’avaient formée et interroger l’impact des actions anthropiques sur ces forces qui semblaient immuables mais dont la dynamique sensible se révélait d’un équilibre fragile.
En effet, l’île avait disparu au moment même où le 34econgrès international de géologie tentait de définir la fin de l’Holocène. Cette époque géologique, qui débuta il y a environ 10 000 ans, est maintenant remplacée par l’Anthropocène2, une nouvelle ère où l’humanité, à l’instar des périodes d’activités volcaniques majeures, modifie le climat et transforme la planète au point qu’une strate géologique d’origine anthropique est en train d’apparaître dans les repères stratigraphiques. L’homme devient par conséquent une force tellurique, un acteur déterminant de l’évolution géologique de la Terre. Les traces de son passage, marques de nos sociétés industrielles, urbaines et consuméristes subsisteront dans les archives géologiques de la planète pour des milliers, voire même des millions d’années.
Par conséquent, dans cette période d’accélération sans précédent, le temps humain ne peut plus être perçu comme distinct des temps du système terrestre. La disparition de l’île de Nuuk est elle aussi le résultat d’une singularité temporelle, l’entrée en collision du temps des hommes avec celui des océans ou de la dérive des continents ?
Pendant plus d’un an, cette question fut au centre de notre recherche. En effet, si à l’époque de son existence, l’île de Nuuk était restée dans le champ de la fiction, sa disparition et ses conséquences, quant à elles, donnèrent jour à une enquête ancrée dans le réel, impliquant historiens et philosophes et faisant appel à la communauté internationale d’océanographie, aux géologues de l’École Normale Supérieure, aux physiciens et étudiants des laboratoires de l’École Polytechnique et de Cambridge.
Nous avons interrogé le déploiement temporel des forces géologiques et océaniques dans ce nouveau contexte environnemental. Nous sommes allés à leur rencontre dans leurs cadres naturels puis avons étudié leurs dynamiques sur les paillasses du laboratoire et les feuilles de l’atelier. Nous avons ensemble élaboré les différentes strates du récit dans une recherche constante de la précision documentaire et scientifique qui autorise la fiction, du glissement narratif qui libère l’intuition. Cherchant la structure transitive, qui tente de toucher « l’autre » tout en maintenant le lien entre les différents domaines de connaissance, nous avons tenté de mettre en miroir la vraie nature de l’interaction entre les faits et la lumière froide de l’expertise.
Par là même, la possibilité d’une île ouvrait sur un terrain d’expérimentation des possibles, un champ d’exploration des interprétations actuelles de notre monde, permettant une réflexion sur la réalité d’une planète, notre planète.

Ce projet est le fruit d’une collaboration entre Anaïs Tondeur et Jean-Marc Chomaz développée dans le cadre d’une résidence d’artiste d’une année, au LadHyX, Laboratoire de dynamiques des fluides de l’Ecole Polytechnique (France) et durant l’Ecole d’été FDSE 2014 (Summer School 2014 of Fluid Dynamics of Sustainability and the Environment in Cambridge, Royaume-Uni). Ce projet fut réalisé avec la participation d’historiens et philosophes, de la communauté internationale d’océanographie, des géologues de l’ENS (Paris), des physiciens et étudiants des laboratoires de l’Ecole Polytechnique et de Cambridge.

1 L’étymologie du terme «Nuuk» renvoie à la topographie d’un lieu. En langue inuit, il signifie « le relief, le cap, le promontoire ».
2 Anthropocène : du grec «anthropos» soit l’«humain».

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