Noir de Carbone, 2017

Installation, 15 Tirages pigmentaires au noir de carbone, 100x150cm

Collaboration with mathematicians and climate modellers Rita van Dingenen and Jean Philippe Putaud, JRC, European Commission, Ipsra, Italy

De la troposphère aux profondeurs nos cerveaux, les émissions anthropiques (PM2p5) se mêlant aux flux de l’atmosphère parcourent le globe traversent la frontière poreuse qui sépare l’intérieur de nos corps, à l’environnement extérieur. Se glissant au cœur de ces entremêlements, ce projet piste les traces des météores issues des nos activités industrielles et marchandes.

Fair Isle (Phare), 23.05.2017, Niveau noir de carbone (PM2.5): 2,1 µg/m³, Tirage au noir de carbone



Fair Isle (Port), 26.05.2017, Niveau noir de carbone (PM2.5): 12,2 µg/m³, Tirage au noir de carbone



Mer du Nord, 27.05.2017, Niveau noir de carbone (PM2.5): 13,8 µg/m³, Tirage au noir de carbone, 100x150cm



Frontière Écosse Angleterre, 02.06.2017, Niveau noir de carbone (PM2.5): 5,16 µg/m³, Tirage au noir de carbone, 100x150cm



Folkestone, 10.06.2017, Niveau noir de carbone (PM2.5): 1,89 µg/m³, Tirage au noir de carbone, 100x150cm

Cette enquête a débuté sur l’île la plus isolée de Grande-Bretagne, à la frontière septentrionale entre l’Écosse et la Mer du Nord. Située à mi-chemin entre les Orcades et les Shetlands, l’île de Fair abrite cinquante habitants dont un grand nombre travaille à l’Observatoire Permanent des Oiseaux Migrateurs. Pourtant, malgré l’absence d’industries, le peu de véhicules et de ménages chauffés, lorsque le vent souffle du sud, les insulaires suffoquent. C’est ainsi qu’au printemps dernier, le médecin de l’île découvrit la présence d’une particule de noir de carbone dans le cœur de la fille de l’ornithologue. L’itinéraire précis de la particule d’origine anthropique fut retracé grâce aux relevés des mouvements des polluants atmosphériques par la Commission Européenne1 et m’a conduit à un voyage de 1350 kilomètres.

J’ai longé les falaises de l’île de Fair, navigué à travers la zone tourmentée qui sépare l’Atlantique de la Mer du Nord, gravi les terrils du Northumberland et les collines du Yorkshire, marché parmi les moutons, traversé le centre historique d’Édimbourg, les quartiers périphériques de Nottingham, Leeds, Sutton-in-Ashfield, puis Londres quelques jours après la tragédie de juin 2017 pour finalement atteindre une cheminée, celle d’un navire de la marine marchande, amarré depuis quinze jours dans port de Folkestone.
De chaque jour de l’expédition sont restés une image du ciel et un masque respiratoire, à travers duquel j’ai filtré les particules de noir de carbone rencontrées. Elles furent ensuite extraites des fibres du masque dans un bain d’ions puis transformées en encre. De fait, le noir de carbone est une forme collatérale de suie, utilisée depuis des siècles comme le composant principal de l’encre de Chine. Ainsi, le tirage de chaque photographie est réalisé à partir des particules de noir de carbone collectées le jour où l’image fut réalisée.


Vue de l'expédition



Masques anti-particules fines utilisés chaque jour de l'expédition



Particules de noir de carbone extraites de chaque masque de l'expédition



Impression au noir de carbone


Du latin médiéval, le terme météore (de meta: "au moyen de" et ????? "élever") fait référence aux phénomènes célestes. Nuages, grêle ou comète, cette matière en suspension constitue le cœur de notre enquête. Pourtant, les météores dont nous suivons la piste sont des particules rejetées par l’activité humaine: d’infimes grains de noir de carbone. Spectres de nos sociétés industrialisées, ces particules sont principalement issues de la combustion incomplète d’hydrocarbures. Elles se dispersent avec le vent et dérivent en quelques jours le long des courants atmosphériques et retombent à plusieurs centaines de kilomètres de leur point d’émission.

Ces particules micronscopiques ne connaissent aucune limite. Elles pénètrent nos corps, traversent les membranes qui entourent nos organes, atteignent les plis de nos cerveaux et de nos veines. Selon l’OMS, 3,5 millions de personnes s’éteignent chaque année dû à une exposition aux rejets de polluants dans l’atmosphère. Ne?anmoins, est-ce leur pre?sence intangible et inodore qui ne nous laisse dans l’indiffe?rence et nous empêche de re?agir?

Ce projet tente par conséquent de donner consistance aux dangers que nous créons et d’envisager les flux atmosphériques en termes de relations auxquelles nous participons.



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